L’huître de Veules

A la rencontre de l’estran

En 1997, les premières tables ostréicoles étaient implantées sur le littoral de Veules les Roses. Elles allaient permettre à une poignée d’hommes de reprendre peu à peu le chemin du travail dans des contextes souvent difficiles. L’expérience et l’équipe, initiées par Education et Formation, allaient être dirigées par Monsieur Facquez, formateur et spécialiste des vieilles pierres. De prime abord, cela paraissait une tentative très hasardeuse. L’estran haut-normand semble inadéquat à l’aquaculture. Les compétences locales sont inexistantes. Tout est à inventer. Finalement, les tables tiennent bon au nordit. Les premières huîtres, alors uniquement creuses, sont approvisionnées. Les analyses sanitaires sont assez satisfaisantes. Et ça pousse plutôt bien. Le chemin s’ouvre peu à peu. Mais un pas supplémentaire est franchi le jour où un échantillon d’huîtres plates de Veules les Roses arrive sur les paillasses des labos d’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer). La nouvelle, qui arrive quelque mois plus tard, donne le frisson : elles sont indemnes de parasites, et c’est l’exception française.

Nous sommes alors en 1999. L’outil mis en place, la première expérience acquise, et cette découverte remarquable motivent de nouvelles ambitions. L’incrédulité fait place peu à peu à l’espoir. Les nouveaux partenaires affluent. Le projet se met en place. Mais, cette fois, les objectifs sont clairs – étudier la Faisabilité économique d’un élevage ostréicole à Veules les Roses – évaluer l’impact potentiel pour le tissu local.

Le départ du projet

Le département décide de soutenir l’expérience à condition qu’elle soit menée en présence de spécialistes. Ils seront réunis rapidement. Une nouvelle concession est octroyée à plusieurs conditions :

  • l’expérience portera uniquement sur les huîtres plates (condition exigée par les professionnels de Basse-Normandie). En effet, le marché dominant de l’huître creuse est saturé et en cours de réorganisation par la profession au niveau national. De plus, la relance de l’huître plate est encouragée.
  • aucune vente de produits ne sera effectuée.

En mars 1999 débute alors le projet ostréicole de Veules les Roses, planifié jusqu’en février 2001.

Il s’agira tout d’abord d’une aventure humaine. Les expériences, les échanges et les contacts auront lieu aux quatre coins du littoral français, en Grande Bretagne et jusqu’aux îles Hébrides. Assumer l’un des rares gisements préservés en Europe n’est pas une mince affaire. Mais ce sera une source d’ouverture pour l’équipe en parcours d’insertion. Certains ont réussi à retrouver une place sociale, d’autres ont trouvé un emploi.

Le chemin à prendre

D’une part, il est indéniable que les enjeux sont importants et les perspectives locales intéressantes. L’huître plate est un produit recherché au niveau national et européen. Elle possède en Haute-Normandie une identité de patrimoine culturel et biologique. Sa relance constitue un relais auprès des collectivités pour revaloriser et aménager le littoral. Enfin, elle permettrait d’étoffer l’offre régionale des produits de la mer, résolument orientée vers la qualité (coquille Saint Jacques, poissons nobles).

D’autre part, la nature nous montre le chemin à suivre : le Large. Cette conclusion est le fruit de plusieurs observations.

L’existence passée et actuelle de gisements naturels abondants au large est une preuve de la potentialité d’un élevage.

  • Il est nécessaire d’acquérir une autonomie pour l’approvisionnement en naissain d’huîtres plates, sans apport extérieur. Autrement dit, le naissain doit être produit sur place avec la souche veulaise, sinon le risque de contaminer le gisement existe.
  • L’estran veulais permet l’élevage intéressant des petites tailles. Pour le grossissement des huîtres adultes, l’espace et les résultats sont insuffisants.
  • Il est nécessaire d’appuyer la montée en puissance de l’élevage sur une collectivité de professionnels sérieux et motivés, pour mieux répartir l’effort technique et financier à consentir. A cet égard, il a été souligné que les nombreux professionnels intéressés hors de la Haute-Normandie ne permettaient pas de valoriser régionalement le produit. En revanche, il existe une profession des métiers de la mer en Haute-Normandie, connaissant bien le milieu et possédant l’outil de travail : la petite pêche côtière. En outre, le succès de l’expérience leur apportera une diversification de leur revenu et de leur métier.

Aujourd’hui, une proposition est ouverte au niveau régional. Elle intéresse les pêcheurs. Cette proposition s’appuie sur deux ans d’observation. Elle permet de passer un nouveau cap vers le monde professionnel. Cette proposition se compose de :

  • Un outil de travail : une production de naissain sur estran à Veules, puis l’élevage proprement dit (le « grossissement « ) au large, assuré par les pêcheurs côtiers.
  • Un environnement et un partenariat social : il s’agît de regrouper dans une organisation collective les pêcheurs intéressés, ainsi que les collectivités littorales pour renforcer son poids localement. Cette organisation pourrait évoluer sous la forme d’une coopérative de pêcheurs.

La nature nous montre le chemin, mais il reste à convaincre les hommes… Les prochains mois seront précieux.

Manuel Evrard,
Chef de projet du chantier ostréicole de Veules les Roses.

La poursuite du projet

Après quatre années d’expérimentations par un chantier d’insertion qui se sont avérées concluantes, nous passons maintenant à la phase de professionnalisation. Notre secteur littoral n’étant pas classé, il sera procédé mensuellement au cours de la première année d’exploitation à des analyses de coquillages.
Si les résultats sont satisfaisants, comme ils l’ont été sur l’élevage expérimental, la zone sera classée, probablement en B, comme la majeure partie du littoral français. Les huîtres pourront être dégustées en toute sécurité.
Le débouché à pied de falaise de plusieurs rivières souterraines est un facteur intéressant pour le grossissement et la qualité gustative de l’huître.

Quant aux installations à terre, qui permettront d’avoir un produit 100% Veulais, d’embaucher du personnel, elles pourraient dans un premier temps se faire à la suite des cabines de pêcheurs où était d’ailleurs prévu à l’origine une extension. Ensuite, étant donné le nombre important de candidats susceptibles de s’implanter à Veules, il faut envisager une zone appropriée. Le terrain militaire de propriété communale avec ces bâtiments semi enterrés de 700 m2 environ pourrait être le lieu approprié.

Ce projet, si il se concrétise, sera une formidable image de marque pour notre littoral de la côte d’Albâtre.

 

 

 

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