L’église Saint Martin

Un peu d’histoire

L’église se présente actuellement comme un édifice à trois nefs sensiblement égales, fermé par une façade occidentale composée de trois pignons. Les nefs s’adossent au clocher et à deux murs de refend qui ferment les deux chapelles implantées le long du chœur ; l’ensemble se termine par un chevet à pans irréguliers, fort compliqué comme il est fréquent dans la région à la fin du Moyen Age. L’église a été reconstruite dans sa presque totalité à la fin du XVème siècle et au début du siècle suivant. Nous ne savons rien de l’édifice antérieur, dont le clocher n’est pas le seul élément conservé, puisque le mur latéral de la chapelle Nord porte une inscription de 1272.

La nef principale porte sur une de ses sablières une phrase de remerciement datée de 1528.

Le pignon Sud, en façade, conserve sur l’arcade de son portail muré une date en partie effacée, 1527 ou 1528.

A partir du XVIIème siècle et pour les siècles suivants, les travaux effectués à l’église St Martin sont essentiellement liés à l’entretien et à des réparations parfois difficiles à localiser. On peut toutefois tenir cet édifice comme étant pour l’essentiel, du XVIème siècle, ce que confirme les rapprochements possibles avec des édifices voisins comme ceux de Longueil, de Varengeville sur Mer, d’Offranville ou de Saint Valery en Caux…

L’extérieur de l’édifice

La tour du clocher à deux étages qui domine l’église est en calcaire, avec des traces de tuf ancien. Le premier étage est décoré, sur chacune de ses faces, d’une série de cinq arcatures en arc brisé, à un rang de claveaux.

Les arcatures retombent sur de fines colonnettes aux chapiteaux simplement épannelés et aux tailloirs épais. Si le clocher qui articule en quelque sorte le développement de l’édifice est homogène, il n’en est pas de même du reste de l’église.

Le mur pignon Sud porte une arcade en anse de panier, dont le tracé est souligné par les douze instruments de la Passion, trois grilles et un écu portant trois fers à cheval ; une cordelière ceinture le tout.

La façade Sud se développe depuis le mur pignon, épaulé par un contrefort saillant, jusqu’à une tourelle d’escalier, de forme polygonale, coiffée d’un toit pyramidal, qui marque l’articulation avec la chapelle.

Le mur latéral de la chapelle Nord est dissimulé, en partie par la sacristie, érigée en 1846 par Henault, maître maçon de Saint-Jacques de Dieppe, en lieu et place de celle de 1604. La séparation entre la chapelle Nord et le bas-côté se marque très lisiblement à l’extérieur, par l’intermédiaire d’un gros contrefort implanté dans le prolongement du mur de refend. Le mur goutterot du collatéral diffère totalement du reste de l’édifice par son alternance de grès et de silex. Les trois baies, refaites, ainsi que le porche, daté de 1623, percent ce mur où se voient encore deux corbeaux à encoches qui soutenaient la toiture de l’ancien charnier.

L’intérieur de l’édifice

La partie la plus ancienne de l’église Saint-Martin, la seule à être voûtée d’ogives, est la croisée du clocher délimitée aux angles par quatre supports de maçonnerie en forme de losange irrégulier. Tapissés de colonnettes sur leur face intérieure, ils sont très épais car ils servent de supports à la tour.

Le chœur long de deux travées, fermé par un chevet à trois pans irréguliers, n’est plus éclairé que par une seule baie, située au Sud. Le chœur fut transformé dans les années 1540 pour être surélevé.

La chapelle nord, longue de deux travées également, paraît plus profonde en raison du développement de son chevet. Cette chapelle était sans doute antérieurement voûtée. Aujourd’hui elle est couverte d’une voûte en bois, en carène renversée, semblable à celle du chœur.

La chapelle sud, moins profonde que le chœur, bien qu’elle présente elle aussi deux travées, est fermée par un chevet à un pan et demi.

Éclairée par une seule baie disposée dans le mur pignon de façade, la nef principale, longue de quatre travées, est aveugle. Elle reçoit la lumière par les collatéraux. Au dessus de la première arcade du côté Nord, près de la croisée, la sablière porte l’inscription : « L’an mil VXXVIII, fut achevé, merci à Dieu » qui correspond peut être à la reconstruction de la nef. Les retombées intermédiaires se font sur des piles octogonales décorées du côté sud, sur des piles cylindriques côté Nord.

Les piles et leur décor

La pile du chœur, côté Nord, est la plus ancienne selon notre chronologie. Elle reçoit un décor qui varie selon qu’il est exécuté sur les faces planes ou sur les colonnettes engagées. Une cinquantaine de motifs y figurent, de petites dimensions, entre 28 et 52 cm, d’un parti proprement ornemental, selon une facture assez lourde, quasiment grossière. Cette façon de faire n’exclut pas pour autant les références à l’art transalpin, comme l’amour ailé, agenouillé sur un cul de lampe, la tête d’amour entre les deux ailes, les cartouches… Ces motifs continuent à côtoyer d’autres reliefs d’un courant plus traditionnel, populaire ; c’est le cas des quadrupèdes affrontés, des sirènes, de la chouette aux ailes déployées ou de l’écrevisse… Enfin d’autres motifs, religieux comme le sacré Cœur de Jésus, cantonné de deux flèches, ou exotique comme le masque triface à plumes, lié aux grandes courses maritimes font de ce support une sorte de répertoire.

La pile du chœur côté Sud, présente une structure unique et ne reçoit qu’un seul type de décor, moins saillant que le précédent, réparti de façon différente sur le chapiteau et le fût. Les motifs sont plus petits et plus nombreux, une soixantaine sur le seul fût, un véritable tour de force, quand on sait que ces piles sont en grès, matériau difficile à travailler. La grande diversité des motifs groupés selon un parti stylistique proche de celui des grotesques italiens, fait de ce support une volonté décorative. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner la succession de petits temples, de cartouches, de petits personnages, de blasons portant figures, de rinceaux, de volutes en forme de dauphins, de roues de feuillages qui abritent sirènes, cornes et autres motifs ornementaux. Ces motifs font partie intégrante de la grammaire ornementale de la première renaissance normande (1500-1530). Mais ces motifs sont mêlés à d’autres, beaucoup plus énigmatiques : têtes humaines réunies deux à deux, buste humain à oreilles pointues, dont la barbe se termine par des grelots, femme avec miroir et brûle-parfum…

Rien de comparable n’est visible sur les deux premières piles de la nef qui portent des motifs plus ou moins grands, de 16 à 43 cm, certains étant bûchés. Pour l’essentiel nous nous trouvons devant des ensembles plus ou moins constitués, selon l’unité d’un thème iconographique identifiable, comme sur la première pile de la nef, ou selon l’unité d’une composition symbolique, comme sur la pile suivante.

La première pile porte un thème iconographique illustrant la Passion du Christ. Les reliefs se lisent horizontalement ce qui établit une correspondance avec le motif sculpté de la corbeille composée d’un rameau de vigne avec ses grappes. Il existait un pèlerinage du Précieux Sang dans l’église St Martin, grâce à l’autorisation de l’abbaye de Fécamp et une confrérie dite des Cinq plaies y honorait particulièrement ce riche symbole. On en veut pour preuve le rameau de vigne figurant sur la corbeille qui renvoie lui aussi au thème du Précieux Sang et à la Fontaine de Vie, dont le succès en Normandie à la fin du Moyen Age ne fut pas moindre.

Ces reliefs sont mêlés à des motifs floraux de plusieurs types : de grosses fleurs de la famille des composées, à trois corolles, ou des feuilles de chardon. Toutes les fleurs de lys ont été bûchées à la révolution ce qui donne une importance particulière à certains motifs fantaisistes, comme des feuillages transformés en visage par exemple.

Quant à la pile suivante, elle porte plusieurs reliefs symboliques, coquilles, aumônières… liés clairement aux pèlerinages, groupés avec des motifs floraux. La corbeille porte, en revanche, des motifs alternés, bustes humains et oiseaux aux ailes déployées.

Le mobilier

L’église St Martin abrite une abondante statuaire que le visiteur ne peut manquer d’admirer. Parmi toutes ces œuvres, il nous faut citer au fond de la nef sud, un Saint-Sépulcre, pierre polychrome, disposé sous un baldaquin de bois, avec fronton triangulaire sommé d’un pélican (XVIIème). Cet ensemble provient peut être de l’ancienne église Saint Nicolas.

A côté, au revers du portail, deux statues polychromes d’évêques (XVème) encadrent un Christ (XVIème). A droite du chœur, la vierge à l’enfant dite Notre-Dame des Neiges (XVIIème), était très vénérée des marins Veulais, tout comme le Saint Roch (XVIème) qui était invoqué lors des épidémies de peste. Sainte Barbe (fin XVème) protégeait, elle, de la foudre et des incendies. Une charité de Saint Martin : vêtu en gentilhomme de la cour de Henri II, le bienheureux donne la moitié de son manteau à un mendiant à jambe de bois qui s’aide d’une béquille.

Dans le fond de la nef, les orgues datent de 1628, ainsi que le rapporte une inscription disposée sur l’entablement. La tribune et ses panneaux ainsi que les deux colonnes et les deux pilastres qui supportent l’instrument datent de l’époque Louis XIII. Ils sont l’œuvre de menuisiers Veulais, alors que le buffet et l’orgue sont dus à Le Sellier, facteur rouennais qui réalisa l’orgue de Saint Godard de Rouen. Refait en partie en 1867, puis en 1948, l’orgue de Veules comporte quinze jeux, trente registres et huit appels de combinaisons par pédale, ainsi qu’une double registration.

Dans le chœur, le retable du maître-autel est lui aussi de style de Louis XIII (1645 ou 1646), alors que l’autel (chêne XVIIIème) orné aux angles de têtes d’angelots, porte un tabernacle à fronton trapézoïdal et un tableau représentant l’Adoration des Mages (XVIIème).

Dans la nef Nord, les fonts baptismaux, exécutés à Dieppe en 1611, sont proches d’un saint Jean-Baptiste (XVIIème) et d’un tableau du Saint Nom de Jésus (XVIIIème). Sur l’autel dédié à saint Nicolas, une statue polychrome de saint (XVIème) voisine avec celle d’un évêque accosté d’un donateur (XVIème) et d’un saint Louis (XVIème).

Retrouvez la totalité des textes dans l’ouvrage de Yves BOTTINEAU-FUCHS « Veules les Roses – L’église Saint Martin » en vente à l’office de tourisme au prix de 5,34 €.

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3 reponses

  1. Bonjour, Pouvez-vous m’indiquer le nom du prêtre actuel de l’église Saint Martin ?
    Merci,
    Arnaud CANLER 06 80 36 68 35

    CANLER says:
    1. Monsieur,

      Je vous invite à contacter la paroisse de Saint Valery en Caux au 02 35 97 02 31, qui pourra répondre à toutes vos questions.

  2. Veules est un village magnifique,qui à l’époque,m’a fait passer de belles vacances

    uzac says:

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